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GRANDE—BRETAGNE… ET LES AUTRES.

Réflexion à partir du texte de Marlowe.

 

Actuellement, l’attention se porte sur les grèves qui se déroulent en Grande-Bretagne. Au-delà de l’ampleur sans précédent de ces mouvements, de la diversité des secteurs touchés, la situation anglaise pose une série de questions.

La première de celle-ci est : pourquoi en Grande-Bretagne et pourquoi sous cette forme?

La situation de pauvreté dans laquelle se trouve une partie de la population britannique n’est pas neuve. Elle résulte à la fois des politiques menées par les gouvernements successifs, combinée aux conséquences du Brexit et de la crise du Covid. La récente crise de l’énergie n’est donc pas apparue comme un éclair dans un ciel bleu mais est venue se rajouter à une situation déjà très problématique pour la partie la plus fragile de la classe exploitée.

Ces dernières années, nous avons connu, un peu partout dans le monde,  des mouvements atypiques de protestation, d’opposition à la classe dominante qui mobilisaient à la fois des franges du prolétariat dans sa composition actuelle, mais aussi des personnes appartenant autrefois à la classe moyenne et tombées dans la pauvreté.

Ce qu’il se passe en Grande-Bretagne touche essentiellement des secteurs de la classe prolétarienne au travail. Et on peut se demander pourquoi d’autres franges de la population paupérisée ne se joignent apparemment pas actuellement à ces mouvements. En effet, une caractéristique des mouvements atypiques que nous connaissons est qu’ils dépassent la « simple » revendication salariale. Ils débordent en protestations contre les conditions de vie, de logement, d’éducation, de soins de santé, etc. Bref, ils contiennent la potentialité d’un questionnement beaucoup plus global et profond de la société telle que le capitalisme  la façonne.

Les mouvements de Grande-Bretagne semblent centrés sur des exigences de hausses salariales pour faire face à la paupérisation sans précédent qui frappe le prolétariat par le biais de la crise énergétique. Devons-nous le comprendre comme  une limitation des ambitions prolétariennes anglaises ou, au contraire, comme un retour, sur le devant de la scène, de la classe prolétarienne d’une manière moins « diluée » que dans les mouvements auxquels nous assistons par ailleurs ?

Une deuxième question concerne la situation actuelle du capitalisme.

Cet été a été une véritable catastrophe sur le plan climatique : d’abord, des tempêtes/inondations sans précédents ; ensuite, des incendies meurtriers et incontrôlables ; des températures totalement anormales ayant un impact sur les conditions de vie des populations mondiales (on sait qu’on meurt à cause des épisodes de canicule) ; enfin, une sécheresse ayant un impact direct sur le niveau des voies navigables, sur l’approvisionnement en eau potable des populations, sur l’irrigation des cultures, donc, sur la survie alimentaire…

D’autre part, la récente guerre en Ukraine a révélé ce que la mondialisation avait comme conséquence de fragilisation de l’économie mondiale. Lorsque l’expansion naturelle du système capitaliste s’est caractérisée par le phénomène de mondialisation, c’est-à-dire, l’organisation d’un marché économique mondialisé permettant la circulation rapide et avec le moins d’entraves possibles des capitaux, marchandises, et main-d’œuvre, nous avons souligné le risque – à terme – de cette politique. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine révèle la manière dont l’exploitation économique est organisée : dans une interdépendance totale. Mais, selon le système bien connu des dominos, si l’un d’eux tombe, il entraîne la chute de l’ensemble de la rangée… Ceci a déjà été constaté lors de la crise financière de 2008 et cela se confirme à nouveau au travers de l’organisation de la distribution de l’énergie.

A l’image des dominos, la crise énergétique actuelle entraine des conséquences en cascade : brusque appauvrissement de la population mondiale ; arrêts de production d’entreprises ne pouvant produire à cause de la hausse vertigineuse des coûts de l’énergie ; donc, risques de faillites et  de pénuries dans la chaîne de production.

On peut se demander comment comprendre ce qu’il se passe actuellement. Assistons-nous à l’étalage des faiblesses du Mode de Production Capitaliste ? A l’impuissance d’une classe dominante incapable désormais de juguler les soubresauts de son système économique ? Et donc, qu’est-ce que cela signifie du point de vue des perspectives de gestion de son système économique par la classe dominante dans le futur ? Le chaos est-il la perspective ? Jusqu’à présent, nous avons toujours eu la vision d’un système capable de traverser ses propres contradictions grâce aux pirouettes que sa classe dominante et gestionnaire était capable d’effectuer. Mais… et si ce n’était pas toujours  le cas ?

Enfin, la dernière question concerne les perspectives que présente la situation actuelle.

Les chiffres reflétant la situation de pauvreté de la classe prolétarienne en Grande-Bretagne sont proprement effrayants ! Mais, lorsqu’on regarde la situation des autres pays dans le monde, la situation n’est guère plus brillante… L’incapacité de faire face à la hausse des coûts de l’énergie se répand comme une trainée de poudre dans le monde et se traduit par une incapacité plus ou moins grande de survire selon les pays et le niveau de solidité économique des Etats et des économies.

Mais, quoiqu’il en soit, on se dirige vers une situation catastrophique sur le plan social et donc, sur une potentielle réaction de révolte de la part de la classe prolétarienne. Déjà, en Grande-Bretagne, on a entendu des appels à ne pas payer ses factures d’énergie. C’est le slogan « Don’t pay ». La perspective d’un appauvrissement direct et violent, celle d’une impossibilité à se chauffer ou à continuer à cuisiner se trouve directement dans la ligne de mire de franges importantes de la population mondiale.

Si, dans un premier temps, la réaction a été celle d’une tétanisation, d’une impuissance devant la guerre en Ukraine – soi-disant responsable de tous les maux actuels – nous assistons actuellement à la révolte de la classe exploitée qui n’accepte pas sa plongée dans la pauvreté. En cela, elle est rejointe par des éléments de la classe moyenne (entre autres des PME) qui n’arrivent plus à survire économiquement.

Les organisations syndicales projettent d’organiser des manifestations, mouvements de protestations divers… Il est fort à parier que ces démonstrations ne suffiront pas à contenir la colère!

La situation actuelle est pleine d’une colère, d’une frustration et d’une réaction de survie du prolétariat qui augure de possibles mouvements violents dans les prochains mois.

 

                                                                                              Lejardinier

                                                                                              Septembre 2022

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