Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

Effets de la crise : Marginalisation de plus en plus importante.

Si  la mondialisation redéfinit de façon profonde l’organisation de la production et les contours du marché, elle n’est pas sans impact sur les structures politiques et sur leurs relations.  Ainsi, la nation a toujours servi de cadre  à la délimitation d’un espace économique, géré par les lois et l’intervention plus ou moins importante et directe de l’Etat.  La mondialisation dessine une autre géographie économique qui implique des échanges, non plus internationaux mais transnationaux. 

Cette évolution doit être comprise comme changement historique au sein du mode de production.  Il est évident que le métier à tisser ou un ordinateur, sont des forces productives capables de produire de la valeur, mais de telles forces matérielles sont toujours inventées, développées et déployées dans le contexte de rapports sociaux de production particuliers et ont produit des changements importants, tant sur l’évolution économique elle-même que sur la gestion étatique. 

Les transformations actuelles de la société, exacerbent encore cette tendance et ne sont pas sans avoir de répercussions sur la vie quotidienne, sur les valeurs défendues par la société elle-même, sur la représentativité des institutions de la bourgeoisie : la postmodernité.

Cela implique une modification dans la manière de penser le monde.  On assiste ainsi à un véritable changement de paradigme : la postmodernité et son discours humaniste démocrate se met en place.

Mais le capitalisme ne peut tout assimiler, et avec le retour de la crise, une nouvelle donne apparaît : la mondialisation révèle son vrai visage : fermetures d’usines, licenciements massifs, chômage.  On assiste à une insatisfaction profonde, liée à la frustration toujours croissante des habitudes et des goûts anciens.  La consommation des biens, de pseudo rapports entre les individus renforce le spectacle de l’insatisfaction.  Cette insatisfaction se généralise.  Il ne s’agit pas tant de démontrer que le vieux monde doit être, et va être, détruit, que de comprendre le déroulement de cette destruction.

Les exclusions

Ce contexte de mobilité et d’approfondissement des effets de la crise économique et de l’exploitation jette, hors des circuits de travail, de plus en plus de monde.  Les exclus constituent désormais un groupe stable, reconnu socialement comme une évidence incontournable du fonctionnement du système.  Autrefois travailleurs destinés à  rentrer à un moment ou à un autre dans le circuit de la production, les « sans-travail » , tout comme les « réfugiés économiques » et autres migrants poussés hors de chez eux par des conditions de vie insupportables, viennent amplifier ce mouvement perpétuel de déplacement de populations et de circulation soumise aux besoins de l’économie, ainsi que les réactions des Etats à ces flux migratoires, au travers des expulsions  des « indésirables » en-dehors de leurs frontières. 

 

Le travailleur postmoderne est un sujet précaire, flottant, fluctuant, souple, nomade, branché sur des identités multiples, qui doit être capable de rebondir rapidement, malgré le chômage. Cet individu vit dans un monde présenté comme sans limites.  C’est l'indice d'une crise du sujet moderne, crise qui est surtout visible dans les pays développés et qui touche plus particulièrement la jeunesse. Il est vrai que le mot « inhibition » a une connotation négative. Cette connotation négative aura probablement été décisive dans les choix qui seront fait dans les années 1970.

D’une certaine manière, l’existence croissante de masses d’exclus, ghettoïsés dans les banlieues ou les quartiers pauvres, représente la perspective concrète qu’offre le système économico-social actuel.

La défense du rapport marchand : Défense bourgeoise du rapport marchand : le discours idéologique

Mais la bourgeoisie ne peut laisser faire, et tente de réfréner les réactions de désespoir des exclus de la société.  L'utilitarisme gagne sur tous les tableaux, mais cet utilitarisme ne concerne pas le bien du plus grand nombre, mais seulement le bonheur individuel réduit à l'appropriation des objets marchands.  Le capitalisme postmoderne propose une vie basée sur les flux pour un individu-travailleur ouvert, toujours disponible pour de nouvelles propositions marchandes, où la souplesse et la flexibilité sont la règle. L’individu postmoderne, qu’il soit au chômage ou au travail, est précaire, flottant, fluctuant, souple, nomade, branché sur des identités multiples, capable de rebondir rapidement. Cet individu vivrait dans un monde sans limites.  C’est l'indice d'une crise du sujet moderne, crise qui est surtout visible dans les pays développés et qui touche plus particulièrement la jeunesse.

De nouveaux discours idéologiques apparaissent pour tenter de contrer cette marginalisation : un discours communautariste qui se présente sous diverses formes : le populisme s’adresse aux exclus, à ceux qui vivent de plus en plus en marge, comme les pensionnés, les chômeurs, et promet de canaliser les effets de la mondialisation par un retour aux normes passéistes par la défense des valeurs populistes. 

Le Discours sociétal    

De tout temps, la société a tenté d’expliquer le monde, de manière générale, par le développement d’un Discours sociétal.  Ce Discours sociétal se développe en fonction de la période historique.  L’histoire se confronte à une réponse qui est élaborée, permettant à chaque civilisation de s’inscrire dans le temps et dans l’espace.  Elle touche les règles éducatives, morales, la culture.  Le discours sociétal influe l’élaboration du savoir par la transmission de connaissances et propose des solutions qui s’accordent à l’entendement humain.  Il développe aussi une compréhension du monde qui peut être scientifique.

On peut ainsi appréhender cette histoire :

  • Ainsi, Dans l’antiquité, dans les temps primitifs, l’homme se définissait par rapport à la nature.  Il était être de la nature, soumis aux divinités naturelles, aux forces naturelles qui étaient divinisées. Ce sont les récits des origines, les récits mythiques, les récits fondateurs.  Le Discours sociétal est mythologique.
  • Avec l’apparition du christianisme, le récit fondateur devient sacré et immuable, consigné par les écrits saints.  La parole divine ne peut être explicitée et interprétée que par les sages.  Avec l’apparition des religions du livre, judaïsme, christianisme, islamisme, l’homme devient la créature de Dieu.  La réponse se trouve dans le livre qui contient la parole de Dieu transmise à l’homme par un intermédiaire humain.  L’homme est dépendant de la parole de Dieu.  Il n’est pas responsable.  Le Discours sociétal est mystique.
  • La modernité : L'industrialisation apporte, en effet, sa conception de la raison. Elle bouleverse les anciennes philosophies, les sciences, les connaissances avec des systèmes nouveaux. L'industrie apporte une pratique nouvelle. Le monde de la marchandise se déplace en liaison avec l'accroissement de la productivité industrielle et absorbe ce qu'il y avait avant lui. Le marché mondial se constitue et soumet par la force tout ce qui existe aux exigences du marché et de la production capitaliste.  Le Discours sociétal insiste sur le progrès.
  • La postmodernité : La période se caractérise par d'importantes mutations technologiques sur le plan du procès de travail.  Se développe aussi la culture pop, phénomène qui va peser sur les consciences des « jeunes générations » proposant un mode vie adapté aux circonstances : vivre vite, multiplier les expériences, refuser l'engagement et le changement.  Le Discours sociétal se veut possibiliste.

 

Dans cette nouvelle phase, la validité du contrat social n’est plus garantie par l’État national.  Elle a été dispersée entre représentations régionales d’une part et internationales d’autre part.  Aujourd’hui, l’anonymat est renforcé par le spectacle de l’État télévision et les délocalisations obligeant les travailleurs à la « flexibilité », faisant disparaître la nomination du Patron au profit d’une « culture d’entreprise ».  Une séparation est entretenue entre l'individuel et le social, entre l'activité des capitalistes individuels et le capitalisme global qui avance implacablement. De même, il y a séparation entre les valeurs et les intérêts, les intérêts se calculant cyniquement en argent, les valeurs se promulguant sur le plan idéal. La bourgeoisie se définit comme la classe sociale qui ne veut pas être nommée.

 

Une mutation métaphysique s’opère. Nous sommes passés de « l’amor Dei » amour de Dieu à l’amour de soi « Amor sui ».  Nous sommes passés d’une société hétéronome à une société autonome.  Il s’agit là de l’individualisme du « laisser faire, laisser aller » propre au libéralisme. 

Du Discours sociétal au Discours idéologique

Cependant, le Discours sociétal ne justifie pas le fonctionnement de la société, à un moment historique précis.  De même il ne sert pas à expliquer un certain nombre de dysfonctionnements véhiculés par la société marchande. 

C’est que le rapport marchand qui s’est insinué dans la société, transforme les rapports sociaux.  Il se distingue et doit se justifier socialement.  De même, il y a justification sociétale de cette confiscation par l’intégration de l’interdit d’une remise en cause de la propriété privée.  L’activité créatrice devient labeur, et est instrumentalisée, ce qui débouche sur une division en classes, justifiée par cet interdit « fondateur » de la vie sociale, dans le cadre du capitalisme. 

Elle s’accompagne d’un mouvement d’idéologisation justifiant cette transformation, favorisant l’adhésion de l’homme à l’activité marchande, limitant l’expression du sujet. 

Il s’agit du rôle de l’idéologie. 

Celle-ci règle la place sociale, que chacun doit occuper et le travail à accomplir.  L'idéologie est a-historique.

L'idéologie n'accorde pas de place à l'activité humaine qui peut transformer ces lois.  Cette perception réifiée se trouve aux antipodes de l'analyse historique et sociale défendue par le marxisme. 

L’idéologie transforme le Discours sociétal initial en Discours idéologique pour occulter la réalité de l’exploitation.  Le discours idéologique implique la non-reconnaissance de l'expérience et devient facteur de dédialectisation par l'irruption d'une pensée « utopique », d'un idéal parfait totalitaire, porteur d'une démarche propagandiste.  Il s’agit là des germes du Discours populiste.  Mais il lui fallait aussi réduire la résistance des travailleurs, soit en utilisant la force de répression, soit en distillant un Discours idéologique favorisant la justification pour obtenir l’adhésion des travailleurs à la légitimation de l’Etat qui s’adaptait aux nécessités du développement du rapport marchand.

 

Mai 68.

Alors que la bourgeoisie théorisait l'intégration de la classe ouvrière, Mai 68 signifie, au niveau international, la résurgence de luttes ouvrières cherchant la voie de l'autonomisation. Mai 68 dépasse le cliché de luttes purement économiques ou étudiantes, pour poser la question de l'avenir de la société, même si le mouvement n'avait pas les moyens d’y répondre. Mai 68 rejette l'ordre autoritaire et les divers appareils liés à celui-ci. Stalinisme, réformisme, christianisme sont balayés. Les travailleurs se tournent vers leur passé de luttes et permettent l'émergence d'expressions prolétariennes nouvelles.

 

La période se caractérise par d'importantes mutations technologiques sur le plan du procès de travail. Depuis la chute du mur de Berlin, on assiste à une nouvelle réaction dans un contexte de crise économique. Plus que jamais, le capital variable est devenu la partie restreinte du procès de production, alors que la concurrence s'accentue de plus en plus férocement entre capitalistes. Le marché est intégré de plus en plus d'une manière globale à l'échelle internationale.

 

L’homme robot, contesté par Mai 68 et la critique de la bureaucratie caractérise ce que l’on peut qualifier de postmodernité

La discontinuité postmoderne ne commence pas avec tel ou tel effet particulier, culturel ou artistique, mais avec la prépondérance historique du procès de personnalisation, avec la restructuration du tout social sous sa loi propre, et touche ainsi la construction identitaire, le lien social, la capacité de symbolisation, avec en plus la remise en question du processus scientifique au profit d’un scientisme.  Cette situation prend de l’importance avec la reconstruction d’après la deuxième guerre mondiale et se complexifie après Mai 68. 

 

Avec la postmodernité, l’homme devient consommateur, soumis par un discours citoyenniste.  L’idéologie des Droits de l’Homme devient le véhicule de la fureur de vivre, de l’explosion de l’individualisme et de cette volonté de liberté totale qui ne fait aucune place à autrui ni à la construction d’un monde commun. 

Nous sommes passés d’une société hétéronome à une société autonome, qui développe, de manière outrancière, la maxime de Mandeville : Enrichissez-vous au détriment des autres, si nécessaire.  Cela fait appel à l’individualisme pulsionnel du « laisser faire, laisser aller » propre au libéralisme.  Les citoyens sont devenus de purs et simples consommateurs que plus rien n’incite à penser le sort du monde.  Destruction des ressources, explosion des inégalités, perte de la cohésion sociale.  Le travail est devenu de plus en plus parcellarisé, spécialisé, anonymisé, numérisé et de moins en moins créateur et émancipateurs : taylorisme, fordisme, travail à la chaine.  Le travail n’est plus, comme chez les grecs, la possibilité de créer une œuvre, de se réaliser.

Nous sommes entrés dans une nouvelle organisation des relations humaines et dans un univers qui a fait de l’égoïsme, de l’intérêt personnel, de l’amour de soi, son principe moteur.  On retrouve dans ce monde néolibéralisé, financiarisé, débridé, basé sur le « toujours plus » : c’est ce que l’on peut désigner sous le vocable de « pléonexie ».  

Quelles perspectives ?

 

Malgré le poids des idéologies sécrétées, et l’adhésion de certains travailleurs, des réactions sont apparue au sein de la classe.

Il est clair que la bourgeoisie peut invoquer la faillite du « communisme » pour renforcer le sentiment de l’absence d’avenir possible en dehors de la société bourgeoise. Le maintien des rapports sociaux dans le capitalisme a eu comme résultat la suspicion jetée sur l'histoire, l'incertitude en ce qui concerne le temps historique. Se théorise ainsi l'invariance du capitalisme et l'utopie du communisme.

 

Si l’utopie communiste n’est plus de mise, cependant des utopies citoyennes voient le jour : les Indignés, Nuit Debout, comme nous le définissions dans notre blog : « Pourtant les « Indignés » avant-hier, «Nuit debout » hier, « Gilets jaunes » aujourd’hui, expriment certainement le désir, certes inconscient, de s’assumer comme sujet, de briser la réification, d’aller à la rencontre d’une autre façon de vivre et de subsister.  Ils questionnent fondamentalement le bien-fondé de l’existence du rapport d’appropriation, de l’État capitaliste d’aujourd’hui, et abordent une autre manière d’aborder la survie et de la dépasser.  Ils renouent ainsi avec les utopies du XIXème siècle.

 

Depuis d’autres expressions de refus sont apparues : Révolutions de couleur dans l’espace postsoviétique, révolutions de fleurs dans le monde arabe, mouvements des indignés en Europe, plusieurs ordres politiques ont été bouleversés par des mobilisations collectives aux modes d’organisations inédits. On peut s’interroger : Relèvent-ils d’une rupture historique commune ?

Ces mouvements ont été caractérisés par des formes de mobilisation qui refusent hiérarchie et leader. Ils mettent en avant une nouvelle horizontalité et fondent leur cohésion sur des modes d’action plutôt que sur le partage d’une idéologie commune. Les figures de l’intellectuel et les organisations classiques (syndicats, partis politiques) sont marginalisées au profit de mobilisations spontanées émanant d’une « société civile » naturalisée et dépolitisée. »

 

D’autres expressions sont nées : les manifestations citoyennes pour le climat, ou en Tunisie avec «The Wrong Generation» qui est un jeune collectif anarchiste et antifasciste tunisien qui rompt avec la gauche orthodoxe. Ils ne veulent pas d'un système de parti, ils ne veulent pas d'un chef ou d'un porte-parole; ils veulent un changement radical. L'une des devises qu'ils ont popularisée est «Tahet zliz fama takriz» (il y a de la colère sous terre) - soit inspiré du poète tunisien Abou El Kacem Chebbi, qui s'est battu contre la colonisation, s'adressant aux colonisateurs français avec le slogan «Attention, il y a du feu sous les cendres     ! Ou bien par la devise du soulèvement de mai 1968 en France, «Sous les pavés, la plage ! » 

 

Les récentes émeutes de la faim qui viennent de se produire simultanément dans une série de zones du monde en sont un exemple. Les luttes d’aujourd’hui comportent ainsi un caractère plus global. Elles concernent désormais tous les secteurs du prolétariat : des ouvriers actifs, aux retraités, aux paysans sans terre louant leur force de travail aux grands propriétaires, aux travailleurs de secteurs comme les hôpitaux, enseignants, chercheurs, etc., balayant ainsi les différentes zones de fonctionnement du capitalisme. Les luttes touchent également des domaines beaucoup plus larges que de simples revendications salariales : elles concernent aussi la qualité de vie des travailleurs.

On est confronté à des réaménagements de zones d’influences économiques et  stratégiques. Réappropriation de ressources énergétiques, de régions riches en industries, occupation de territoires importants sur le plan stratégique et impérialiste… telles ont été les dynamiques à l’œuvre dans les conflits récents en Yougoslavie, Afghanistan, Irak… et maintenant Ukraine.

Alors, le patriotisme actuel ne recouvre-t-il pas en partie cette identification des organes internationaux à une politique économique implacable ? D’autre part, les déplacements de population sont et seront de plus en plus une réalité. Guerres, catastrophes et changements climatiques seront désormais le lot du fonctionnement habituel sous le règne du MPC. Il faut donc s’attendre à des vagues migratoires importantes. Ce n’est pas simplement un épouvantail agité par l’extrême-droite (comme d’ailleurs quasiment toutes les fractions de la classe dominante) mais cela va modifier le paysage de composition, de repérage des identités et des territoires. Le patriotisme n’est-il pas un outil pour se raccrocher à une identité stable face aux brassages de population futurs ?

 

Si elles partent toujours de l'aspect revendicatif, les récentes luttes ouvrières posent néanmoins la question d'une alternative, d'un nécessaire changement des rapports sociaux et interrogent la crédibilité des mesures étatiques bourgeoises pour sortir de la crise. Cette dernière ne fait plus de doute et touche aussi les appareils idéologiques et culturels de la société bourgeoise. Bien que la réponse de classe ne soit pas encore donnée, il apparaît des éléments annonciateurs d'évolution, d'une lente prise de conscience débarrassée de la mystification stalinienne, d'une révolution souhaitable. Questions par rapport au calme social des années 80, questions par rapport au suivisme syndical, au défaitisme, à l'indifférentisme, à la nécessaire solidarité, tous ces éléments sont posés à des degrés divers dans les luttes récentes et démontrent un changement au sein de la classe ouvrière.

 

F.D.

 

Tag(s) : #A discuter
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :