Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

Il nous a paru opportun de s’arrêter sur les changements qui se sont opérés depuis des années sur les réactions du prolétariat et de les resituer dans le contexte de la postmodernité.  Il s’agit simplement de prendre en compte les conditions nouvelles dans lesquelles le processus de prise de conscience se déroule actuellement.  En quoi, la société du spectacle et d’hyper consommation qui s’est développée depuis mai 68, transforme, non pas l’exploitation capitaliste, mais les conditions de cette exploitation.  De même, quelle est la signification des nouvelles expressions d’opposition au système auxquelles nous avons été confrontées ces dernières années.

 

Le changement depuis 68

Dès le milieu des années 60, le capitalisme renonce au principe fordiste de l'organisation hiérarchique du travail pour développer une nouvelle organisation en réseau, fondée sur l'initiative des acteurs et l'autonomie relative de leur travail, mais au prix de leur sécurité matérielle et psychologique.  En occident, on assiste à une mutation des rapports de production.  La classe ouvrière se transforme.  La technologie se renforce, les industries émigrent.  La transition de la domination réelle entraîne de nouveaux modes de subjectivation dans lesquels la loi de la valeur et la quantification de toutes les relations sociales sont directement impliquées.  Cela se concrétise aujourd’hui avec les tentatives de généralisation du télétravail.

Les luttes se transforment.

On voit donc l’évolution d’une tendance inéluctable, où la technologie nécessaire au développement des forces productives oriente la recherche scientifique.  La recherche est instrumentalisée au profit des grandes industries.  Ce phénomène, présent aux USA par le biais de la militarisation et au jeu de la guerre froide, avait pris du retard en Europe.  Le rapport marchand a mis du temps à investir l’université.  Il a fallu attendre Mai 68 en France pour que cela soit entériné. 

 

 

La nouvelle donne

Après mai 68 : La postmodernité en marche : Le pragmatisme se met en place.

Transformation de la vie économique : de nouvelles implantations économiques dans les pays à bas salaires.  Pays émergents : Japon, Chine.  Pétro dollars.  Début de la numérisation, tournant 1980 : apparition de l’ordinateur personnel.  Le technologique prend de l’ampleur. 

Une nouvelle gestion économique apparaît : on passe de la contrainte à la persuasion.  Le capitalisme financier émerge, change devient flottant.  L’algorithme permet de prévoir, et d’évaluer en fonction de la valeur argent.  Automation généralisée, sans intervention humaine.  La recherche scientifique se réduit à la technologie.  Les connaissances plus pointues.  Difficultés pour élaborer un savoir.  Il n’y a plus de références totalisantes expliquant le monde.  Les experts apportent des connaissances parcellaires.

Pourquoi ?

Un changement s’est opéré, situation historique que nous appréhendée et théorisée, à l’époque (dans les 80), comme « décomposition sociale et recomposition » de la classe ouvrière, conception qui mérite d’être rediscutée

La chaîne de production s’est modifiée.  Alors que le travailleur pouvait, dans son rapport à l’outil, innover, améliorer, la technologie empêche cette intervention innovante.  Elle s’entend comme transformation de l’homme en objet de production, de consommation, d’une tendance de l’exploitation capitaliste à « chosifier » le rapport social de production.  Transformation de l’individu en objet de consommation, de production.

Cependant le phénomène de mondialisation et la circulation de la main-d’œuvre qu’entraîne cette mondialisation ont été d’abord un élément négatif pour le prolétariat, bien que la mondialisation contienne aussi une dynamique d’unification.

Depuis mai 68

Un discours pragmatique et libéral se diffuse : « Je jouis donc je suis ».

Bien sûr, après mai 68, la marginalisation pouvait encore être choisie : « on the road again » et le mouvement hippie ont le vent en poupe.  Des communautés laïques se sont créés.  Mais, les adolescents se voient culturalisés par le show bisness, par la musique : rock, pop, rap, Bob Dylan chante la résistance, les hippies choisissent de vivre en marge, les communautés se multiplient,…  Les émissions radio cultes, les radios pirates font leur œuvre, pour en arriver aujourd’hui à la télé réalité. 

 

Relèvent-ils d’une rupture historique commune ?  Que faut-il en penser ?  Mais le rapport à la valeur n’est toujours pas mis en cause.

Ce ne sont plus les idéologies précapitalistes de la couronne et du sceptre, ou mêmes les idéologies spécifiquement prolétariennes (liées aux idéologies précapitalistes de l'artisan et du citoyen) mais des idéologies spécifiquement capitalistes (démocratisme, individualisme, patriotisme) qui influencent maintenant les représentations du monde de l'ouvrier. La norme sociale est récusée au profit de l’individualisme libéral.  Le prolétariat a subi les changements, mais la lutte a pris des formes nouvelles.

1980

Les luttes menées par la classe ouvrière ont tenu le haut du pavé durant les années '70. Derniers sursauts de couches ouvrières destinées à la disparition par l'évolution de la technologie moderne, elles ont exprimé le point culminant des aspirations à la solidarité de masse au travers du mouvement en Pologne en 1980, qui a montré les potentialités d'un ébranlement de la société de classe, mais a été récupéré par l'appareil idéologique de réserve de la bourgeoisie en Pologne: le syndicalisme de base incarné par Solidarnosc.

Mais ces mêmes luttes ont aussi signifié clairement leurs limites, cherchant à s'opposer à de nécessaires restructurations alors que les nouvelles couches de la classe ouvrière ne réagissaient que sporadiquement. Et pourtant, les fermetures d'entreprises se sont multipliées, les licenciements ont augmenté le nombre de chômeurs, plongeant du même coup ces couches issues de secteurs relativement archaïques de la production capitaliste dans le monde des sans-emploi.

 

Les effets sur le prolétariat

Le prolétariat de l’après 68 n’est plus la classe ouvrière en col bleu des années 60. Ne pas saisir les transformations profondes qui ont modifié le visage, la dynamique et les formes de luttes du prolétariat d’aujourd’hui revient à ne plus comprendre la lutte de classes. La classe ouvrière était autrefois reconnaissable : concentrée dans de grandes usines organisées sur un mode fordiste.  Progressivement, l’introduction de l’automatisation puis des technologies virtuelles ont profondément modifié le visage du prolétariat mais, surtout, ce visage s’est fragmenté pour correspondre au degré de complexification des formes de travail. Ainsi, progressivement, le prolétariat s’est développé selon trois formes différentes :

  • Les pays émergents dans les années 60, comme la Chine et l’Inde, se sont développés et produisent dans de grandes concentrations ouvrières de type « fordiste et keynésienne ».  La classe ouvrière y réagit régulièrement contre l’exploitation.
  • Une deuxième catégorie de prolétaires est constituée par les exclus qui peuplent de plus en plus les banlieues et les bidonvilles qui bordent les concentrations industrielles où d’ailleurs sont organisés de véritables ateliers en lien avec le commerce international, exclus qui n’ont aucun espoir de réintégrer un circuit de travail normal ;
  • La troisième catégorie prolétarienne est celle des pays industrialisés au degré de technologie élevé, où de nouvelles formes de luttes se sont développées.

 

Les nouvelles luttes

En Europe

Ce qui a aussi profondément changé depuis ces cinquante années est que les formes de résistance à l’exploitation sont très différentes en fonction de la place qu’occupent ces prolétaires et toute la question est de pouvoir réunir, dans une perspective commune, ces formes de luttes parfois très différentes. En 1986, on montrait les effets de la récession.  Et quelques luttes vont être mise en exergue : la lutte des cheminots de la SNCF, en 1987, les luttes aux USA, chez Harmel.  Pourtant, en 1995, PI titrait sur l’ouverture d’une nouvelle période de luttes, sans donner d’exemples.  Il faudrait attendre Seattle en juillet 2001.

Heureusement, en 2007, il y eu un conflit social chez VW, à Forest.  La restructuration est essentiellement mal vécue. Son résultat essentiel, depuis le début des années 80, est la disparition de toute identité ouvrière produite, reproduite et confirmée à l’intérieur du mode de production capitaliste.

 

Ailleurs dans le monde

Il n’y a plus de grandes luttes ouvrières, en Europe.  En revanche, ces luttes ouvrières perturbent la quiétude du développement capitaliste en Asie : Chine, Inde sont régulièrement en ébullition.

Cela de plus que la Chine est devenue « l’usine du monde ». Wuhan, cette ville de onze millions d’âmes fabriquait, parmi d’autres choses, l’essentiel des médicaments nécessaires à l’Occident (les masques chirurgicaux), la quasi-totalité des pièces détachées des marques automobiles PSA-Citroën et Renault, ainsi que celles de l’aéronef Airbus, fleuron de l’aéronautique française.  Chine, Inde, la classe ouvrière y est exploitée et réagit régulièrement par des grèves sauvages.  De plus, la crise s’est accentuées. 

 

Ce que montrent les luttes d’aujourd’hui

Pourtant, ces luttes actuelles, malgré leurs faiblesses, leur caractère diffus et hétéroclite, posent néanmoins la contestation et le malaise à un autre niveau que le seul niveau partiel. Il s’agit là d’une lente transformation qui contient une grande potentialité qui peut se développer dans l’avenir. 

 

On voit ainsi que la crise du capitalisme attise deux tendances contradictoires :

Ou

La tendance à l’exclusion/misère/stagnation/violence … les jeunes sont exclus des lieux de production, de la société, des liens sociaux via le lieu de travail, de la possibilité « d’ascension sociale », « de faire carrière ». Ils sont exclus DE FAIT des réseaux de consommation (nourriture, culture, voyages).  Comment, dès lors, s’exerce la « soumission », la « subjectivation » ?  Exclus, les hommes « votent » pour un discours qui dit qu’on va exclure « les autres » (ce qui redonnerait une place aux premiers).  La voie au populisme est ouverte : C’est la « perspective » mise en avant par le populisme cool, qui n’est pas tant un « retour au passé » (impossible, tout le monde le sait plus ou moins), mais un avenir fait d’exclusions, de ruptures de liens sociaux, un avenir sans ouverture, illustré en quelque sorte par le cri de G FLOYD : « …laissez-moi respirer… »….

Ou

D’autres choisissent d’eux-mêmes de rester « en marge » : Puisque il n’y a plus de travail, puisqu’il n’y aura plus de pension, eh bien faisons ce qui nous plait pendant nos heures de liberté ; recréons du lien social, autrement ; partageons, produisons sans coût.  Et faisons-le sans attendre « le grand soir ».

 

Cela surtout en Occident.  Cette situation a permis l’apparition d’autres modes de contestation.  Et, sous les effets de la robotisation informatique, où l’homme devait devenir « autonome » et indépendant, entraînant une mutation technologique, les effets de ces changements postmodernes sont apparus. 

De récentes émeutes de la faim qui viennent de se produire simultanément dans une série de zones du monde en sont un exemple. Si ces dernières années ont été scandés par les mouvements émeutiers dans les pays méditerranéens faisant émerger pour certains un nouveau mouvement, Elles s’expriment de manière plus radicale, et remettent en cause la logique de la circulation de la marchandise.  Il s’agit là de revendications fondamentales.  La lutte pour la liberté, la lutte pour le droit à la parole, la lutte pour la libre réflexion, la lutte pour la reconnaissance, a toujours été une revendication des travailleurs.  La lutte pour la liberté d’expression, la lutte pour le droit d’association, les luttes pour la justice sociale constituent des éléments importants pour s’affirmer contre le pouvoir endémique de la bourgeoisie et dénoncer le régime de terreur qu’elle impose pour protéger l’exploitation capitaliste. 

 

Nouvelles formes de luttes : des mouvements antisystèmes

Aujourd’hui, les nouvelles démarches de remises en cause du système sont différentes.

Depuis des mouvements antisystèmes se sont développés.  Diverses expressions sociales illustrent cela parfaitement : - Occupy, les Gilets Jaunes, No Border, Extinction - Rébellion…

Ainsi les « Indignés » avant-hier, «Nuit debout » hier, « Les Gilets jaunes » aujourd’hui, expriment certainement le désir, certes inconscient, de s’assumer comme sujet, de briser la réification, d’aller à la rencontre d’une autre façon de vivre et de subsister.  Ils questionnent fondamentalement le bien-fondé de l’existence du rapport d’appropriation, de l’État capitaliste d’aujourd’hui, et abordent une autre manière d’aborder la survie et de la dépasser.  Ils renouent ainsi avec les utopies du XIXème siècle.

Les Gilets Jaune, les mouvements Occupy

Les luttes d’aujourd’hui comportent ainsi un caractère plus global. Elles concernent désormais tous les secteurs de la population : des ouvriers actifs, aux retraités, aux paysans sans terre louant leur force de travail aux grands propriétaires, aux travailleurs de secteurs comme les hôpitaux, enseignants, chercheurs, etc., balayant ainsi les différentes zones de fonctionnement du capitalisme. Les luttes touchent également des domaines beaucoup plus larges que de simples revendications salariales : elles concernent aussi la qualité de vie des travailleurs Si on croise ces différentes caractéristiques, on obtient la représentation d’une dynamique de protestation sociale beaucoup plus globale que par le passé et touchant à une variété d’aspects de fonctionnement du système capitaliste. Cela semble dépasser la revendication ouvrière de base.

Révolutions de couleur dans l’espace postsoviétique, révolutions de fleurs dans le monde arabe, mouvements des indignés en Europe, plusieurs ordres politiques ont été bouleversés par des mobilisations collectives aux modes d’organisations inédits.

Ceci constitue une potentialité : elle permet aux différents protestataires de se reconnaître dans les revendications des uns les autres : l’accès au logement, aux sources d’énergie, à la médecine pour tous… sont ressentis comme des revendications générales qui font écho chez tous, au contraire des seules revendications propres à un secteur ou à une zone géographique

On peut s’interroger : Relèvent-ils d’une rupture historique commune ?

Ces mouvements ont été caractérisés par des formes de mobilisation qui refusent hiérarchie et leader. Ils mettent en avant une nouvelle horizontalité et fondent leur cohésion sur des modes d’action plutôt que sur le partage d’une idéologie commune. Les figures de l’intellectuel et les organisations classiques (syndicats, partis politiques) sont marginalisées au profit de mobilisations spontanées émanant d’une « société civile » naturalisée et dépolitisée.

L’écologisme agricole et commerces de proximité sont mis en œuvre.  Les changements immédiats seraient possibles en guise de révolution. La société est remise en question, voire récusée.  Les jeunes veulent vivre l’immédiateté de leur utopie, ils veulent vivre selon leurs désirs.  Mais bien sûr, cela ne change rien.

Pourtant, ce discours à fait qu’on s’inquiétait pour le climat, qu’on triait vertueusement nos déchets, qu’on boycottait l’huile de palme, qu’on covoiturait comme des fous, qu’on se nourrissait de paniers bios, qu’on se conformait à toutes sortes de gestes vertueux dont les exemples ne manquaient pas, dans la rue, d’autres jeunes en colère, et même des vieillards à la page, braillaient leur indignation, tançaient les puissants de ce monde trop lents à réagir, pour sauver la planète, alors que jusqu’aux cimes de l’État, l’écologie était à l’ordre du jour, et malgré tout cela, chaque nouvelle année faisait partir en fumée des contrées entières ou les noyaient sous les inondations,  des espèces animales disparaissaient.  Sans compter les accidents industriels, comme Seveso. 

 

No Border

On a vu également un mouvement No Border (parfois écrit No Borders) qui désigne un réseau transnational de collectifs et d'individus investis dans les luttes pour la liberté de circulation et l'abolition des frontières , contre les politiques de contrôle de l'immigration au sein et en dehors de l'Espace Schengen, ainsi que pour la régularisation des étrangers en situation irrégulière, la fermeture des centres de rétention administrative et l'arrêt des expulsions.  Ce groupuscule est apparu en Allemagne dans les années 90.  Depuis 2009, il apporte un soutien inconditionnel aux migrants de Calais qui souhaitent rejoindre la Grande-Bretagne. Les activistes aident ainsi les migrants à s'installer, à entreprendre des démarches administratives et ouvrent parfois des squats pour les accueillir. D'après le ministère de l'Intérieur français, qui surveille le mouvement, ces anarchistes sont d'origine française, allemande et hollandaise.

 

A priori, No Border ne fait mention d'aucun organigramme et refuse le principe même d'une hiérarchie.  Il s'agit davantage d'un réseau transnational d'activistes que d'un groupe véritablement organisé.  Le Monde rappelait qu'il est «difficile de décrire cette mouvance ».

 

Extinction Rébellion

Extinction Rébellion est un mouvement mondial de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni.  Depuis novembre 2018 des mouvements se sont formés aux USA, en Italie, en Allemagne, en Australie, en Nouvelle-Zélande, Espagne, Belgique, Portugal, Brésil, Colombie, Suède, Inde.  Ce mouvement revendique l'usage de la désobéissance civile non violente afin d'inciter les gouvernements à agir dans le but d'éviter les points de basculement dans le système climatique, la perte de la biodiversité et le risque d'effondrement social et écologique. Le mouvement est régulièrement qualifié de « radical », tant par la presse que par ses militants. 

Le mouvement Extinction Rébellion, s'est doté d'un symbole faisant référence à l'extinction de masse en cours. Le logo du collectif, Sur un fond vert, un cercle noir, figurant la planète Terre, entoure un sablier formé par deux triangles. Ce pictogramme renvoie à l'impératif politique proclamé par Extinction Rébellion : l'urgence d'agir pour enrayer la disparition des espèces vivantes engendrée par le changement climatique.  Le mouvement Extinction Rébellion est né du constat établi par des militants écologistes de l'inefficacité des méthodes classiques de contestation, en particulier la traditionnelle manifestation de rue. Il puise son inspiration dans les actions entreprises par le mouvement populaire Occupy London, la philosophie de contestation par la non-violence et la désobéissance civile fondée par Gandhi et la stratégie de lutte du mouvement afro-américain des droits civiques.

 

 

De même, quand on voit des manifestations où le slogan est de s’opposer à la guerre, à la société de consommation, de revendiquer une qualité de vie supérieure, etc. on peut y déceler autre chose que ce qu’on pouvait trouver, dans les années 70.

 

Ces luttes rappellent que nous sommes aujourd’hui devant une situation beaucoup plus délicate par rapport à la société et à l’avenir où les différents sujets d’inquiétude, autrefois mis en exergue pour eux-mêmes, le sont aujourd’hui de façon plus intégrée à une perspective d’avenir. De plus, cette inquiétude est aujourd’hui sous-tendue par une dégradation réelle et accélérée des conditions de vie et de travail, y compris dans les pays dits « favorisés » : on ne parle plus de choses abstraites, qui se passent « ailleurs » ou constituent une menace pour le futur mais de choses concrètes que chacun ressent dans son quotidien.

 

Ils questionnent fondamentalement le bien-fondé de l’existence du rapport d’appropriation, de l’État capitaliste d’aujourd’hui, et abordent une autre manière la survie et afin de pouvoir la dépasser.  Ils revendiquent le droit à vivre différemment, le droit à prendre la parole, le droit de s’organiser autrement.  Il s’agit là de revendications fondamentales.  La lutte pour la liberté, la lutte pour le droit à la parole, la lutte pour la libre réflexion, la lutte pour la reconnaissance, a toujours été une revendication des travailleurs.  La lutte pour la liberté d’expression, pour le droit d’association, pour la justice sociale constitue des éléments importants pour s’affirmer contre le pouvoir endémique de la bourgeoisie et dénoncer le régime de terreur qu’elle impose pour protéger l’exploitation capitaliste. 

La lutte de classe aujourd’hui est devenue l’ensemble de ces formes multiples qui sont prises dans une dynamique globale d’opposition à l’exploitation et aux conditions de vie au sein du capitalisme. Et ceci est une façon totalement différente de comprendre les choses par rapport à la manière dont nous analysions la lutte de classe en 68.

 

Mais d’autres expressions de refus sont apparues :

Le populisme : Le retour du DP

Frappées de plein fouet par la crise de 2008, les classes populaires et moyennes ont exprimé leur colère dans les urnes –avec le Brexit, l’élection de M. Trump en 2016, l’affaiblissement des partis traditionnels, l’affermissement des conservateurs en Europe centrale–, bien plus que dans la rue comme en France avec le mouvement des «gilets jaunes».

Le coup de force des dirigeants dits populistes aura consisté à détourner la colère populaire de la contestation du libéralisme économique vers celle des valeurs individuelles.

«La montée du populisme a démultiplié cette fausse monnaie informative qui a tendu, comme toujours, à chasser la bonne»,

Aux États-Unis, dissimuler les vrais rapports de pouvoir en fabriquant une catégorie qui fait diversion, substituer l’étude d’analogies de style à l’analyse des clientèles sociales et des programmes. Ici comme souvent, le consensus se nourrit du relâchement intellectuel et de l’inculture historique.

Alors, l’adjectif «populiste» contamine le journalisme et l’analyse sociale

 

Des émeutes non-ouvrières, liées à l’antiracisme, se sont multipliées. 

Ainsi on a vu, alors que les « insurrections populaires» s’étendaient à tous les coins du globe, qui développaient de nouvelles formes de luttes qui affrontaient souvent de manière violentes les forces de police, aux USA, mises en œuvre grâce à l’importation de lasers, de parapluies et de techniques de lutte contre les gaz lacrymogènes, d’écoute des radios de la police qui ont été utilisés nuit après nuit à travers tous les États-Unis. 

On a vu fleurir de nombreux substituts aux luttes, des simulacres, où le spectacle des affrontements était mis à l’avant plan par la presse bourgeoise. D’aucuns se félicitent dès aujourd’hui de la solidarité factice des applaudissements citoyens, ou des affrontements glauques entre policiers et dealeurs de drogue protégeant leur misérable business.  Mais des attaques violentes contre les forces de l’ordre se sont multipliées.

« Black Bloc »

À cette occasion, les « Black Bloc » sont réapparus sur le devant de la scène, ou ont été mis en scène par le pouvoir et les média.  Pour rappel, dans les années 1970, le mouvement "Black Bloc" que l'on retrouvait en Allemagne était principalement caractérisé par des anarchistes.  Le mouvement Antifa, rattaché aux "Black Blocs", opère au niveau international et prétend défendre l'antifascisme, l'antiracisme et l'anticapitalisme. 

 

Mais que disent les Blacks Blocs :

« Nous sommes les destructeurs, les destructrices et aussi les mères. Nous luttons pour notre émancipation et nous désirons aussi le confort comme le plaisir de la soumission. Nous désirons la reconnaissance de nos faiblesses infligées et leur disparition. Nous l’inspirons et nous avons aussi, peur. Nous sommes duaux-duales et contradictoires, non-synthétiques et aussi la pure négation de leur volonté de nous identifier. Par leur nature même, nos désirs sont irréductibles à toute revendication ».  « Que dire de plus, quel commentaire empiler sur tous ceux déjà PRODUITS, on veut tout casser, tout casser, pousser la contradiction du Spectacle jusqu’à l’hébétement, ce qui pointe pour ennemi premier les organisations syndicales et tout autre prolongement déguisé de la police et du pouvoir institutionnel – ces-grosses-merdes (sus à l’abstraction : tous les syndicats sont des bâtards et leur histoire est celle de leur devenir contre-révolutionnaire explicite) ».  Blog de BB.

 

En guise de conclusion provisoire

Si l’année 2020 a été marquée par les effets néfastes du covid, et malgré les tentatives d’encadrement sanitaires, les réactions à l’exploitation n’ont pas été ralenties.  Elles ont pu prendre d’autres formes et laissent entrevoir de nouvelles formes de luttes.  Ceci pose la question de la violence, et de ses multiples expressions.  Le monde capitaliste n’est pas un monde non-violent.  Les oripeaux du pacifisme dont il se drape ne sont là que pour cacher la violence de l’exploitation dont il est capable.  L’affrontement ne peut se faire que de manière organisée et collective.

Cela exclut tout recours au terrorisme, ou à la violence individuelle pour faire avancer la lutte.

FD

 

Tag(s) : #A discuter
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :