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CONTROLE SOCIAL

Avec le développement du capitalisme,  sous la pression de la concurrence, les producteurs tentent de produire toujours moins cher, recourent donc à des techniques de plus en plus modernes et produisent donc à une valeur inférieure à la valeur moyenne du marché.  De plus en plus de produits sont fabriqués, la productivité augmente sans cesse, et leur valeur d’échange est moindre.  Ceci entraîne un autre phénomène extrêmement important : c’est la nécessité de détruire de façon massive de la valeur.  En effet, le rapport marchand rime avec pénurie : selon la loi de l’offre et de la demande, plus un produit est rare, plus il est cher et donc, plus il est susceptible d’apporter un bénéfice conséquent à son producteur. 

 

Le mode de production capitaliste, comme tout système historique, est un rapport social global vivant, qui a connu une évolution et des transformations profondes au cours de son histoire. Parmi ces transformations, on doit souligner le passage d’un capitalisme qui utilise quasi exclusivement la main-d’œuvre humaine (pré modernité)  à un système qui généralise l’emploi de la machine et de la technologie la plus perfectionnée (la modernité), pour arriver à la cybernétique (postmodernité). 

Avec le développement du rapport marchand l’activité créatrice – propre à la nature générique de l’homme, est devenue labeur, et est instrumentalisée, ce qui débouche sur une division en classes, justifiée par cet interdit « fondateur » de la vie sociale.  Le lien devient chaîne.  Le lien devient obligation de rentabilisation, de compétitivité, d’efficacité, de productivité, d’accumulation, de thésaurisation.

Pour que l’être social puisse se développer en fonction des rapports de production que la société met en place, elle impose le contrôle social favorisant l’adhésion qui s’adapte aux diverses formes du labeur humain : ce contrôle social passe par l’aliénation, la réification, l’idéologisation, qui évoluent historiquement.

 

Le malaise

Régulièrement le système en place est traversé par des convulsions sociales qui illustrent le malaise des hommes par rapport au système socioéconomique en place.  Ce malaise reflète l’angoisse, les injustices, l’inadéquation politique et la peur de l’inconnu, les crises économiques, les guerres qui se manifestent par la pénurie, régulièrement même au sein de nos sociétés « d’abondance ».  Bien que cette situation favorise souvent la grégarité, le Conformisme, la Docilité, faisant que la dépendance au rapport marchand se renforce.  Le rapport marchand provoque également l’aliénation et la réification.

Elle favorise également la réflexivité propre à l’homme et provoque l’apparition de questions. 

Car l’homme se questionne. 

De tout temps, l’homme se questionne : par rapport au passé, à sa vie, son avenir, par rapport au sens au labeur auquel il est contraint pour survivre.  Il questionne cette tension, ce malaise.  Historiquement cette tension s’exprime par la révolte contre le contrôle, la soumission de l’homme aux nécessités d’accumulation du système en place.  Il existe bel et bien un mouvement générique qui permet au travailleur de se positionner contre l’indifférenciation originelle, voire de se « révolter » comme les diverses luttes qui se sont développées le démontrent.  Le questionnement de l’homme se heurte donc à la réalité du rapport marchand : il devient interpellation.

 

Les implications

Il faut donc contrôler ce questionnement, et empêcher les débordements de l’interpellation. 

Cela s’exprime par le contrôle social.  Le développement du capitalisme s’accompagne d’un renforcement du contrôle social sur les masses travailleuses.  Le sens de l’acte marchand, à savoir l’accaparement, doit se justifier socialement.  Il faut justifier l’interdit d’une remise en cause de la propriété privée, de l’accaparement au profit d’une minorité. 

Ce contrôle social implique la soumission, l’instrumentalisation du travailleur, et passe par :

Soit par la force répressiveLa gouvernance nécessite un Etat chargé historiquement de protéger la propriété du rapport marchand au travers de sa police. Elle a besoin également d’une armée qui assure son expansion.  Le contrôle de l’espace public : justifiant les forces de l’ordre,…

 

Soit par la persuasion au travers du discours sociétal qu’elle diffuse auprès de la classe exploitée, des travailleurs :

  • La réglementation de la vie quotidienne, la famille, le mariage, l’école. 
  • L’adhésion « libre » au système d’exploitation mis en place : l’aliénation. 
  • La nécessité de développer un Discours sociétal de justification pour représenter l’homme réifié, favorisant l’adhésion des travailleurs, de la classe exploitée, à la légitimation de l’Etat, au travers de la réification. 

Cela s’accompagne d’un mouvement d’idéologisation justifiant cette transformation, favorisant l’adhésion de l’homme à l’activité marchande, limitant l’expression du sujet.  Le Laïs idéologique va influer la transmission et la transformer en fonction d’une instrumentalisation éducative au service de l’adhésion au système social dominant. La justification est réalisée d’abord au travers du processus d’aliénation, qui touche l’identitaire.  Elle est renforcée par la réification et la transformation qu’elle subit avec le développement de l’accumulation capitaliste.

 

On peut ainsi distinguer une évolution de ce processus selon les périodes, passant par le « temps des Atelier »s, au « temps des Manufactures », au « temps des Fabriques, des Usines, des Entreprises pour en arriver aux Multinationales » d’aujourd’hui.

 

  • À la pré modernité :

Temps de l’Artisanat : Ateliers,  Manufactures.  Le travail se réalise essentiellement selon le rythme des artisans.  Si la loi de la valeur théorisée par Marx est une constante caractéristique du rapport de production capitaliste, son mouvement, son extension sont le produit historique d'une situation de classe, qui au 19ème siècle n'occupait pas encore entièrement le champ de l'accumulation possible, laissant ainsi une marge de manœuvre aux diverses classes sociales qui subissaient l'attaque frontale du rapport capitaliste.

Le contrôle social s’exerce par la loi divine de l’Etat médiéval, qui considère l’homme comme Créature de Dieu.  Le Discours Sociétal est mystique, c’est Dieu qui justifie la division en classe, et l’exploitation.  « Je prie, donc je suis ».  La transmission scolaire se veut scolastique.

 

  • La modernité :

Un premier décalage se produit grâce à l’augmentation formidable de la productivité : là où le travailleur manuel avait besoin de temps pour réaliser son produit, la mécanisation et l’organisation du travail à grande échelle accroît considérablement la vitesse et le volume de production. 

Temps de la Mécanisation : Fabriques.  Les premières machines imposent le rythme de travail aux ouvriers.  Temps de la Robotisation : Usines.  Mr Ford introduit le travail à la chaîne, les ouvriers deviennent des outils au service de la machine.

 

Le contrôle social s’exerce par loi positiviste de l’Etat constitutionnel, s’adaptant aux exigences sociales du développement du capital.  « Je travaille, je m’enrichi, donc je suis ».  La transmission scolaire se veut encyclopédique et technologique.

     

Le Discours Sociétal positiviste considère l’homme comme Citoyen producteur.  L’encadrement pour la conformation à la norme se réalise par les mouvements de jeunesse - Cette situation oblige la société à secréter un discours sociétal plus adéquat : elle diffuse un Discours plus adapté : le Tiers normatif du scoutisme, le Tiers normatif du patriotisme faisant que ces jeunes pourront marcher derrière le drapeau tricolore et s’engager, sans trop rechigner dans la première boucherie mondiale de 14-18, où s’aligner militairement pour participer à la 2ème boucherie mondiale de 40-45.  Le Discours Sociétal se présente comme « l’homme nouveau », à la Stakhanov, le self made man à l’américaine.

Les années 45-60 sont des années de reconstruction financée par le Plan Marshall.  Et les années 50 voient apparaître aux USA le modèle du « teenager » : le DS est en passe de devenir idole, matérielle.  En France, après 1960, c’est l’heure des « yé yé ».  La reconstruction s’achève aux alentours de 1965. 

 

  • La postmodernité : 

Temps de la cybernétisation.   Entreprises multinationales

Ceci entraîne un changement par rapport à la conscience de classe.  Le changement dans la composition des classes que nous avons discuté, est aussi lié de façon intégrale au changement dans les idéologies et le mode de subjectivation de la classe ouvrière. L'idéologie ne peut être conçue - comme elle l'a trop souvent été dans le « socialisme scientifique » - comme une illusion ou une mystification, un tour de magie grâce auquel la classe dominante impose sa volonté aux classes exploitées.  L'idéologie est plutôt un ensemble d'idées, de croyances, et de représentations du monde, qui met en forme les esprits et le comportement des individus et des classes sociales. En ce sens, l'idéologie, en tant que relation imaginaire aux relations sociales réelles, est inséparable de l'action humaine ou praxis, et donc ne peut être séparée de l'existence matérielle des êtres humains.  L'idéologie, donc, présuppose un sujet humain qui n'est pas le sujet a-historique de la métaphysique, pré-existant en termes de désirs, nécessités, et buts, mais le produit historique d'un ensemble déterminé de relations sociales de production, de relations politiques de pouvoir et de domination, et de culture et d'idéologie. La forme spécifique dont le sujet humain a été constitué, ses modes de subjectivation, sont aussi variables historiquement que les relations sociales de production elles-mêmes.

 

Le contrôle social s’exerce par la loi utilitaire, de l’Etat démocratique, au service de la liberté de l’individu.  « Je jouis, donc je suis ».      La transmission scolaire se veut pragmatiste et individualiste.

Le Discours Sociétal est relativiste, et considère l’homme comme Individu spectateur.  Ce que les situationnistes avaient déjà perçu en 68.

L’économie européenne doit s’adapter aux prémices de la globalisation informatique.  L’automobile se vend de mieux en mieux et va devenir le symbole d’une certaine autonomie.  Ces quarante dernières années ont vu une accélération sans précédent de la capacité du système à se transformer.

L’utilisation des nouvelles technologies ont modifié profondément les formes d’organisation du travail, la composition de la classe ouvrière et la notion de travail productif.  La mondialisation, avec l’interdépendance des économies nationales, la circulation très rapide des biens et des capitaux, ainsi que le développement d’un capital fictif de plus en plus autonome représentent la capacité du système économique à contourner temporairement certaines de ses contradictions (tout en se fragilisant encore davantage). Ce mouvement de mondialisation a entraîné une circulation et une flexibilité extrêmes de la main-d’œuvre internationale désormais sans racines et sans ennemi identifié mais en même temps confrontée à une unification progressive de ses conditions d’exploitation.  Elle s’entend comme transformation de l’homme en objet de production, de consommation, en spectateur de sa propre aliénation, d’une tendance de l’exploitation capitaliste à « chosifier » le rapport social de production, de transformer l’individu en spectateur, en objet de consommation, de production. 

L’initiative est réduite, planifiée par les ordinateurs, l’algorithme est omni présent.  Il est de plus en plus instrumentalisé.  La créativité est confisquée par la technologie.  Les pôles de recherches scientifiques sont réduits.  On assiste donc à un redéploiement technologique, à des mutations techniques, à une évolution de l’Etat exigeant de disposer d’une information afin d’accentuer le critère d’efficience, de performativité.

La société du spectacle télévisé renforce l’atomisation des travailleurs.  Les shows télévisés véhiculent un sentiment de reconnaissance.  Les développements de l’informatisation, renforcent les changements économiques.   Comment assurer le contrôle social d’une ‘masse’ de force de travail inutilisée, ou exploitée et qui reste au travail, ou qui n’a pas accès au marché du travail ?  Les modèles de contrôle syndicaux sont dépassés depuis belle lurette. Les réseaux sociaux peuvent aider à la constitution de groupes constitués pour revendiquer, manifester, se rassembler.  Comment « faire régner l’ordre » quand les rouages classiques pour canaliser le mécontentement (partis, syndicats) sont rouillés et désuets ?

 

Et la finalité du projet capitaliste aujourd’hui, c’est justement la disparation même du temps de productivité et par extension de toutes contraintes.  On peut parler ainsi du le toyotisme plus dans un prolongement amélioré du taylorisme que dans une rupture totale avec celui-ci. Comme son nom l'indique, c'est une OST mise en place par Toyota autour des années 50 qui propose un retournement de logique de production tout en gardant les mêmes objectifs de productivité.  L'ouvrier Toyotiste est polyvalent, plus responsabilisé (notamment en termes de qualité) et l'organisation est tournée sur les besoins de plus en plus différenciés des consommateurs.

Le contexte devient plus concurrentiel, il s'agit alors de répondre à la demande avec plus de flexibilité en produisant juste à temps, en réduisant au maximum les stocks (objectif zéro stock). On peut penser que c'est cette logique qui a remplacé le couple taylorisme/fordisme dans la mesure où, aujourd'hui, l'économie ultra-concurrentielle et mondialisée exige cette flexibilité productive.

La conséquence est que « l’homme lui-même est appelé à devenir superflu voué à la digestion perpétuelle des productions de la machine capitaliste qui [le] digère à son tour ».

Elle empêche qu’on s’y retrouve et, de même que dans un grand magasin on se met en quête d’un guide, la population, coincée entre tout ce qui s’offre à elle, attend le sien.

- d’une part la raison, instrument d’émancipation de l’homme, a été détournée par les groupes dirigeants et transformée en rationalisation de plus en plus poussée de la technologie : La manière dont de nos jours progrès et régression sont imbriqués apparaît lorsqu’on considère les possibilités techniques qui sont les nôtres. Les procédés de reproduction se sont développés indépendamment de ce qu’ils reproduisent et ont fini par devenir complètement autonomes. Ils sont considérés comme partie intégrante du progrès et tout ce qui n’en fait pas partie comme réactionnaire et dépassé.

- d’autre part il y a une emprise des forces irrationnelles dans le comportement de l’homme moderne : avec le penchant pour l’occultisme apparait un symptôme de régression de la conscience… Au plus profond de l’humanisme, se démène le forcené, prisonnier vociférant qui, devenu fasciste a transformé le monde en prison.

 

Les effets

Alors que la postmodernité remet en cause la pratique pyramidale et hiérarchique, la référence au passé, au profit de l’autonomie, du « tout aujourd’hui », elle diffuse un discours imprégné du libéralisme d’Adam Smith, prônant le « self love », la liberté d’initiative pour s’enrichir, de se développer de manière autonome, en dépit de la collectivité, exprimant ainsi la « victoire » des « lumières anglaises » au détriment de Kant.  Il s’agit de l’opposition entre les « lumières continentales », représentée par Kant, et la démarche des « lumières anglo-saxonnes » représentée par A Smith.  Celui-ci reprend les thèses de Port Royal, justifiant les prêts à intérêt, un des éléments de base de l’essor du capitalisme ayant permis me semble-t-il le développement de la valeur. .  C’est l’origine du discours pragmatiste du libéralisme triomphant, et qui va se répandre de manière fulgurante avec la victoire de la contre révolution, période où le prolétariat ne s’exprime pas, ou très peu, happé par le patriotisme, préparant la seconde guerre mondiale.

La postmodernité liquide la référence au laïcisme, pour mettre en avant ouvertement le Tiers argent comme référence du devenir humain. La permissivité de la société postmoderne libérale développe l’autonomie, l’individualisme, récupérant en quelque sorte l’atomisation des travailleurs réifiés et en passe d’être robotisés.  Ceci n’est qu’un constat qui peut être expliqué par le mouvement de la valeur.

Ce désordre post-moderne d'une constellation "déclassée", est marqué par l'encanaillement des classes dirigeantes, par l'émergence de lumpenbourgeoisies aventurières, d’affairistes aux carrières météoriques, de cyber-mafias mondialisées, de chevaliers connexionnistes du réseau interactif, d’intellectuels médiatiques zappeurs-zappés.

Son idéologie nie toute régulation globale et toute cohérence d'ensemble du rapport social. Emportés dans une bousculade d'intérêts fragmentaires, les individus semblent condamnés à une solitude désolée. Le capital lui-même disparaît dans un réseau indifférencié de relations et d'institutions.

L’évacuation du Sujet

L’évacuation du Sujet comme acteur du changement propre au structuralisme peut être interprétée comme le retournement en son contraire de l’individualisme.  Cet individualisme est générateur de perte des repères indispensables à la constitution du lien social, perte corrélative d’anxiété existentielle.

Le caractère narcissique de l’individualisme : autoréférence, toute-puissance, négation de la différence, sont antinomiques de la constitution ou du maintien du lien social.

Un phénomène social

On voit aussi fleurir les thèses de l’individualisme.  On peut situer leur origine chez Tocqueville, Durkheim, Weber. Ces thèses sont souvent synonymes d’affaiblissement de l’intégration sociale et correspondent à l’interprétation du passage des sociétés traditionnelles aux sociétés modernes, des sociétés holistes aux sociétés individualistes, passage corrélatif de l’évolution de la division du travail social.

On peut relever le même phénomène dans le monde antique, avec le passage de la Cité à l'Empire et l'apparition de morales individualistes : stoïcienne, sceptique, épicurienne, faisant l'apologie de l'effacement du désir, de l'ataraxie, de l'apathie.

La discontinuité postmoderne ne commence pas avec tel ou tel effet particulier, culturel ou artistique, mais avec la prépondérance historique du procès de personnalisation, avec la restructuration du tout social sous sa loi propre.  La société postmoderne demande que l’individu s’autonomise : il y a individualisme outrancier.  À partir de l'autonomisation.  Il y a mise à distance progressive.  Le questionnement se vide de sens, car les possibilités de réponse vont dans tous les sens. 

L’homme est considéré comme Individu consommateur, autonome, flexible selon les besoins sociétaux du capitalisme.  Il est cybernétisé.  Dans le cadre d’une production capitaliste décadente, où l’identité de l’homme est souscrite en tant qu’individu consommateur.

D’une revendication développée dans une société frappée par la sous-consommation, les réponses données touchent à la société de surconsommation en crise.

 

Ce qui est posé, c'est la question de la propriété de soi.  Le droit de choisir sa vie et de disposer de son corps est désormais un enjeu politique permanent.  C'est la libération à l'égard des "interdits".  L'émancipation revêt un sens extensif et est récupérée par le spectacle d'une dynamique de démocratisation du banal, de la quotidienneté. Ce qui est montré ainsi, c'est l'enjeu par rapport à une image idéalisée d'une identité capable de se réaliser et les difficultés d'être dans la société actuelle.  Il s'agit de l'expression d'une nouvelle identité à atteindre.

 

 

La réification se renforce

On peut appréhender une nouvelle approche du contrôle social : Il ne s'agit plus de développer les forces productives en une croissance effrénée de la production.  Comme bien d'autres, la production de biens, la logique économique, la technicisation du monde engendrent un asservissement de l'homme.  Une telle servitude est une soumission à l'impératif d’une domination « rationnelle » exercée par les choses, par les produits du travail humain qui constituent une interface, à la fois obstacle et moyens d'interaction entre l'homme et la nature.

Satisfaire ses besoins, c'est dès lors accepter et confirmer sa dépendance vis-à-vis d'une économie qui, pour fonctionner, doit produire outils et machines, et maîtriser la Terre en exerçant une domination sans faille sur la nature. La réification se renforce insidieusement, ressort du rapport au réel de production réduisant le sujet à un objet de consommation, créant de faux besoins liés à la consommation, tant sur le plan de l’organisation économique et politique que de l’organisation sociale, que de la manière dont la loi de la valeur infiltre les domaines les plus privés de l’activité et de la pensée humaine. 

Ce processus a été favorisé par le développement de la diffusion internet.  Celle-ci ouvre aux affabulations, et permet la diffusion d’une « pensée » hochepot dénuée d’esprit critique rationnel.  Cette « pensée » peut être consommée sans trop de réflexion.  Il est évident que tout ceci renforce un climat d'insécurité éthique, alors que la sécurité économique n'est absolument plus garantie.  Le discours populiste y trouve un vivier tout intéressant pour noyer l’esprit critique. 

 

MAIS :

Les réactions à l’exploitation

Cette situation historique du capitalisme entraîne une réaction qui s’illustre par l’interpellation de l’homme qui questionne en quelque sorte le paradigme d’appropriation et se manifeste historiquement par des révoltes sociales et des tentatives de retrouver l’équilibre de l’entendement humain.

Cette contradiction pousse l’homme au travers de luttes sociales à vouloir s’émanciper de la détermination économique qui entraîne la soumission, et à s’affirmer comme sujet capable de transformer le rapport marchand.  A vouloir savoir et comprendre.

Ce questionnement risque de mettre en cause les relations sociales basées historiquement sur l’inégalité et l’exploitation.  Ce questionnement, s’il n’est pas maîtrisé, débouche sur des révoltes.  La révolte Spartacus, les Ciompi au Moyen-Âge, la Révolution française.

Ce questionnement devient contestataire.  Historiquement déjà, sous la révolution française, des jeunes réagissent : les Muscadins, les Incroyables et Merveilleuses contestent le régime.  Les émeutes lycéennes tout le long du 19ème siècle font que ce temps d’adolescence soit considéré comme une phase de dangerosité, la Commune de Paris, en 1871.

Après la 1ère guerre mondiale, le questionnement contestataire prend la forme du mouvement zazou, contestant l’occupation nazie.  Durant La période de reconstruction de l’après-guerre, la contestation sera portée par l’existentialisme de St Germain des Prés, et débouche sur Mai 68.  Cette contestation peut être résorbée par la réponse sociétale qui utilise l’idéologie de la conformation. 

Aujourd’hui, on passe de la contestation à la récusation. 

Avec l’approfondissement de la crise, les rapports sociaux peuvent donner l’impression d’être soumis à la recherche de finalités terre-à-terre.  Il s’agit de conduites essentiellement instrumentales.  Aujourd’hui, crise du travail, de la sécurité sociale, de l’éducation, …. L’homme voit ses possibilités de consommation limitées par le fait qu’il n’a plus de salaire, ou d’allocation de chômage, etc… et la crise du Covid ne va pas arranger la situation.  Cette situation se conjugue avec la situation sociale catastrophique : l’exclusion de nombreux jeunes travailleurs, au profit de la cybernétique.  La mondialisation actuelle correspond à l’émergence d’un « troisième type » de capitalisme depuis 1975.  Ce capitalisme n’a plus grand-chose à voir avec le capitalisme industriel qui, à sa naissance (1750-1820) rompit avec le capitalisme mercantiliste et esclavagiste.   De même pour les pays anciennement colonisés.  Mais cela a des répercussions et provoque des réactions nationalistes, voire pire.  La crise du Corona virus alimente lui aussi, ainsi des réflexes nationalistes. 

Ces jeunes sont à la marge du salariat, de la consommation, de l’avenir.  Leur vie ne compte pas.  Ils ne comptent pour rien.  Et comme leur vie ne compte pas, la vie des autres n’est rien du tout.  Cela permet que ne se développe le nihilisme. 

On voit ainsi que la crise du capitalisme attise deux tendances contradictoires :

Ou

La tendance à l’exclusion/misère/stagnation/violence … le jeune est exclu, de la société, des liens sociaux via le lieu de travail, de la possibilité « d’ascension sociale », « faire carrière ». Il est exclu DE FAIT des réseaux de consommation (nourriture, culture, voyages).  Comment, dès lors, s’exerce la « soumission », la « subjectivation » ? Exclus, les hommes « votent » pour un discours qui dit qu’on va exclure « les autres » (ce qui redonnerait une place aux premiers).  La voie au populisme est ouverte : C’est la « perspective » mise en avant par le populisme, qui n’est pas tant un « retour au passé » (impossible, tout le monde le sait plus ou moins), mais un avenir fait d’exclusions, de ruptures de liens sociaux, un avenir sans ouverture, ….

Ou

D’autres choisissent d’eux-mêmes de rester « en marge » : Puisqu’il n’y a plus de travail, puisqu’il n’y aura plus de pension, eh bien faisons ce qui nous plait pendant nos heures de liberté ; recréons du lien social, autrement ; partageons, produisons sans coût.  Et faisons-le sans attendre « le grand soir ».

Derrière l’horizon sombre, il y a encore quelque chose !!   L’écologisme agricole et commerces de proximité sont mis en œuvre.  Les changements immédiats sont possibles en guise de révolution. La société est remise en question, voire récusée.  Les jeunes veulent vivre l’immédiateté de leur utopie, ils veulent vivre selon leurs désirs.  Divers mouvements sociaux illustrent cela parfaitement : - Occupy, les Gilets Jaunes, …

La prise de conscience du caractère historique et donc contingent de la structure d’une société qui apparaissait comme « éternelle » est de nature à mettre fin à la résignation philosophique comme aux espoirs religieux métaphysiques.  Elle est le fondement de toute contestation radicale.  Quand les hommes connaissent les causes de leurs malheurs, ils ont en même temps la connaissance des moyens d’une modification possible, car la liberté effective naît au-delà et non en deçà de la connaissance des lois.  Et cette connaissance des causes qui révèle les moyens d’une mutabilité possible de la société, cesse elle-même d’être théorique et devient une force révolutionnaire quand elle est comprise par une multitude d’hommes.

Pourtant les « Indignés » avant-hier, «Nuit debout » hier, « Gilets jaunes » aujourd’hui, expriment certainement le désir, certes inconscient, de s’assumer comme sujet, de briser la réification, d’aller à la rencontre d’une autre façon de vivre et de subsister.  Ils questionnent fondamentalement le bien-fondé de l’existence du rapport d’appropriation, de l’État capitaliste d’aujourd’hui, et abordent une autre manière d’aborder la survie et de la dépasser.  Ils renouent ainsi avec les utopies du XIXème siècle.

Mais d’autres expressions de refus sont apparues : Révolutions de couleur dans l’espace postsoviétique, révolutions de fleurs dans le monde arabe, mouvements des indignés en Europe, plusieurs ordres politiques ont été bouleversés par des mobilisations collectives aux modes d’organisations inédits. On peut s’interroger : Relèvent-ils d’une rupture historique commune ?

Ces mouvements ont été caractérisés par des formes de mobilisation qui refusent hiérarchie et leader. Ils mettent en avant une nouvelle horizontalité et fondent leur cohésion sur des modes d’action plutôt que sur le partage d’une idéologie commune. Les figures de l’intellectuel et les organisations classiques (syndicats, partis politiques) sont marginalisées au profit de mobilisations spontanées émanant d’une « société civile » naturalisée et dépolitisée.

Est-ce là que se situe le renouveau et les passerelles entre les mouvements ? Il semble nécessaire d’interroger et de mettre en perspective ces aspects.

Comment se fabriquent concrètement des consensus contre l’ordre établi et des formes de répression ? Quels sont les lieux où s’élaborent ces nouvelles formes de mobilisation contournant les institutions politiques traditionnelles ?

Si ces dernières années ont été scandés par les mouvements émeutiers dans les pays méditerranéens faisant émerger pour certains un nouveau mouvement, Elles s’expriment de manière plus radicale, et remettent en cause la logique de la circulation de la marchandise.

Il s’agit là de revendications fondamentales.  La lutte pour la liberté, la lutte pour le droit à la parole, la lutte pour la libre réflexion, la lutte pour la reconnaissance, a toujours été une revendication des travailleurs.  La lutte pour la liberté d’expression, la lutte pour le droit d’association, les luttes pour la justice sociale constituent des éléments importants pour s’affirmer contre le pouvoir endémique de la bourgeoisie et dénoncer le régime de terreur qu’elle impose pour protéger l’exploitation capitaliste. 

 

FD

 

 

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